Pourriez-vous nous présenter la BVMW et son rôle en tant qu'organisme représentant les PME allemandes ?
Fondée il y a 50 ans, la BVMW est la plus grande et la plus influente des associations représentant les PME en Allemagne. Grâce à notre alliance avec 37 organisations sectorielles couvrant 94 secteurs d'activité, nous représentons indirectement un total de 3,7 millions d'entreprises.
Ce tissu économique revêt une importance capitale : il représente l'essentiel de l'emploi, des recettes fiscales et de l'engagement citoyen dans toutes les régions allemandes. À l'échelle européenne, nous avons noué des partenariats avec nos homologues italiens (Confapi), ainsi qu'avec des associations portugaises, espagnoles et d'autres pays, afin de fédérer un réseau de 3,2 millions d'entreprises générant un chiffre d'affaires cumulé de 790 milliards d'euros.
Qu'est-ce qui distingue fondamentalement la BVMW des autres fédérations patronales ?
Ce qui nous distingue fondamentalement, c'est notre réseau très étendu. Chacune des 638 circonscriptions électorales allemandes dispose d'un expert du BVMW dédié, en contact direct avec le député local. Chaque fois qu'une question législative se pose, cet expert fournit aux législateurs des analyses concrètes, des exemples tirés de la réalité et des recommandations issues de la base.
Dans chaque Land (État), nous disposons d’un collègue et d’une antenne locale. Nos collègues entretiennent des relations solides avec les élus locaux. Chaque fois qu’un problème se pose sur le terrain, nous nous adressons directement au représentant local pour lui expliquer ce qu’il faut faire. Les responsables politiques savent parfaitement ce que représente le Mittelstand : sans ces entreprises, il n’y a ni recettes fiscales ni prestations sociales. Cette réalité exige une écoute attentive que les grandes fédérations professionnelles institutionnelles ne parviennent pas toujours à obtenir aussi facilement.
Quel rôle joue le label « Mittelstand » à l'échelle internationale ?
Le terme « Mittelstand » dépasse largement les frontières de l'Allemagne. Il revêt une connotation très positive dans les milieux politiques et économiques du monde entier.
Ce terme revêt une connotation très positive dans les milieux politiques et économiques du monde entier. C’est précisément cette image qui nous ouvre les portes des gouvernements et des chefs d’État étrangers. Notre événement annuel à Berlin, le « Zukunftstag » (Journée de l’avenir), rassemble chaque année 5 500 entrepreneurs ainsi que de nombreux ministres des Affaires étrangères et chefs d’État. En 2025, les Premiers ministres de la Thaïlande et de la Malaisie figuraient parmi les participants.
Le terme « Mittelstand » est intrinsèquement associé à un grand prestige et à une image très positive. C'est la raison pour laquelle nous remportons un tel succès au Parlement.
Selon vous, quelle est la plus grande réussite de la BVMW ?
Notre plus grande réussite n'est pas une victoire législative ponctuelle ni une campagne d'adhésion, mais bien une avancée structurelle à l'échelle européenne : la mise en place d'un réseau commun destiné à représenter les PME.
En réunissant la BVMW et des organisations homologues – le METI en France, la Confapi en Italie, la COTE au Portugal, des associations espagnoles et d’autres partenaires –, nous avons contribué à forger un bloc uni représentant 3,2 millions d’entreprises dont le chiffre d’affaires cumulé s’élève à 790 milliards d’euros.
Autrefois, chacun restait dans son coin. Mais aujourd’hui, au niveau européen, nous avons constitué un réseau de 3,2 millions d’entreprises générant 790 milliards d’euros de chiffre d’affaires. C’est vraiment considérable.
Ce partenariat inclut également Altios, qui représente les entreprises en croissance du marché intermédiaire. L'objectif est de mettre en commun nos réseaux, de multiplier les passerelles commerciales entre les pays européens et de faire entendre davantage la voix des PME.
La dimension internationale de la BVMW se limite-t-elle à ces réseaux ?
Notre événement annuel est devenu une véritable tribune politique où se côtoient entrepreneurs, législateurs et chefs d'État du monde entier. Cette visibilité nous confère un réel poids diplomatique et permet à nos membres de nouer des relations que peu d'autres organisations seraient en mesure de leur offrir. Il s'agit véritablement d'une plateforme d'échange de premier plan.
Quel est le défi structurel auquel vous êtes confronté au quotidien ?
Nous devons défendre des intérêts très dispersés face à l'énorme pouvoir de lobbying des grandes entreprises industrielles. À elle seule, Siemens emploie 240 personnes à Bruxelles rien que pour gérer ses propres questions réglementaires. Nous, en revanche, nous n'avons que deux personnes pour représenter des centaines de milliers d'entreprises.
Mon objectif est toujours de « titiller un peu les grands » et de défendre nos PME. C’est une tâche très noble et nécessaire. Mais cela ressemble un peu à Sisyphe poussant son rocher. Comme l’a dit Camus, il faut imaginer Sisyphe heureux.
Le renouvellement des responsables politiques tous les quatre ans nous oblige à repartir régulièrement de zéro : expliquer ce qu’est le Mittelstand, rétablir la confiance et nouer de nouvelles relations. Ce travail sans fin est la condition sine qua non d’une influence à long terme.
HLa conjoncture économique récente a-t-elle affaibli votre base d'adhérents ?
Le contexte économique actuel, la guerre en Ukraine, la flambée des coûts énergétiques et les politiques commerciales américaines imprévisibles ont affaibli de nombreuses PME, les amenant à s'interroger sur l'intérêt de payer leurs cotisations syndicales. En 2024, nous avons perdu 264 membres, une réalité que nous reconnaissons ouvertement.
Les entreprises sont confrontées à des coûts élevés. La première mesure qu'elles tentent de prendre consiste à réduire les dépenses non essentielles, et une cotisation représente inévitablement un coût.
Notre réponse consiste à démontrer en permanence notre valeur ajoutée concrète : l'accès aux décideurs, aux réseaux internationaux, aux informations réglementaires et à des événements de réseautage de haut niveau. Le caractère volontaire de l'adhésion est une contrainte qui nous pousse à viser l'excellence.
Commentanalysez-vous l'essor des joueurs chinois ?
À chaque voyage en Chine, dont le plus récent remonte à 2024, nous constatons que l'écart ne cesse de se creuser dans les domaines de l'intelligence artificielle, de la robotique et de la conduite autonome.
Depuis quinze ans, je suis stupéfait par leurs progrès. Le train est déjà parti. Au plus bas, nous avons deux à trois ans de retard en matière d’intelligence artificielle ; ils nous ont dépassés depuis longtemps.
Les entreprises chinoises mettent en place des plans quinquennaux, décennaux ou quinquennaux et s’y tiennent. Leur modèle dit « 996 » (travailler de 9 h à 21 h, 6 jours par semaine) illustre une culture du travail radicalement différente. L’inondation des marchés européens par des produits bon marché intensifie une guerre des prix que nos PME ne peuvent tout simplement pas supporter sans un solide soutien institutionnel.
La bureaucratie européenne un frein à la compétitivité des PME ?
Entre 2019 et 2024, une seule législature européenne a donné lieu à l’adoption de 406 actes délégués. En Allemagne, la culture du « gold-plating » aggrave encore la situation : nous ajoutons systématiquement des exigences supplémentaires aux directives européennes, tandis que nos concurrents italiens, roumains ou espagnols les mettent en œuvre de manière beaucoup plus souple.
Un entrepreneur allemand respecte scrupuleusement toutes les réglementations et toutes les décisions prises à Bruxelles. De leur côté, les Italiens, les Roumains et les Britanniques ont généralement une approche plus pragmatique face à ces excès et continuent à agir comme d'habitude. Naturellement, cela leur confère un avantage comparatif.
Nous appelons à une simplification radicale de la réglementation à Bruxelles. C'est le seul moyen de rétablir la compétitivité de nos PME.
Quelle est votre réaction face à cette double pression ?
Les PME et les entreprises de taille intermédiaire européennes doivent sans cesse se réinventer. L'intégration de l'intelligence artificielle, de la robotique et des nouvelles technologies de production n'est plus une option, mais une condition de survie.
Nous sommes profondément convaincus que la solidarité européenne est absolument indispensable. Les divisions internes sont un luxe que l'Europe ne peut plus se permettre.
Si nous nous enlisons dans une concurrence intra-européenne, nous serons perdants. Les Français contre les Italiens, les Espagnols contre les Britanniques : cette époque est révolue. Nous devons miser sur tout ce qui fait la force de l'Union.
Homment le partenariat entre le BVMW et Altios fonctionne-t-il concrètement ?
Notre partenariat avec Altios est un échange mutuellement bénéfique. Une entreprise française souhaitant s'implanter en Allemagne peut tirer parti de notre réseau pour identifier les bons interlocuteurs locaux. À l'inverse, une PME allemande souhaitant se développer en France, en Amérique du Sud ou en Asie peut compter sur l'expertise d'Altios.
La relation commerciale est claire : nous fournissons le flux d’opportunités, tandis qu’Altios assure la prestation des services et en tire la valeur économique ; il s’agit d’un modèle de complémentarité totale, sans aucune concurrence directe. Si une entreprise souhaite investir en Allemagne, nous lui fournissons des contacts. Et si une entreprise allemande souhaite s’implanter en France ou en Asie, nous formons une équipe de choix.
À l'avenir, nous souhaitons approfondir notre collaboration, notamment dans le cadre de missions commerciales conjointes sur des marchés tiers tels que l'Asie et l'Amérique latine, où nos réseaux se complètent naturellement. Nous étudions actuellement la possibilité d'organiser conjointement des délégations d'entreprises franco-allemandes et des sessions de travail communes.
Nous mettons fortement l'accent sur le concept de durabilité : ce partenariat doit reposer sur des intérêts communs à long terme, dans l'intérêt supérieur des PME et des entreprises de taille intermédiaire européennes.
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