Perspectives mondiales

Quatre secteurs européens des PME et des entreprises de taille intermédiaire qui tirent leur épingle du jeu grâce à l'accord UE-Mercosur

Quatre secteurs européens des PME et des entreprises de taille intermédiaire
Quatre secteurs européens des PME et des entreprises de taille intermédiaire

Points clés

Un diagnostic stratégique de quatre secteurs européens des PME et des entreprises de taille intermédiaire bien placés pour tirer leur épingle du jeu dans le cadre de l'accord UE-Mercosur

L'iTA a été conçu pour le segment intermédiaire du marché. C'est là que réside sa valeur ajoutée.

EN CHIFFRES

4 milliards d'euros  d'économies tarifaires annuelles pour les entreprises de l'UE

Plus de 30 000  Plus de 30 000 PME européennes exportent déjà vers le Mercosur

260 millions  de consommateurs au sein du Mercosur |  8 milliards d'euros  Marché des marchés publics fédéraux du Brésil

29 milliards d'euros  Exportations de services de l'UE vers le Mercosur (2023)

344  Indications géographiques de l'UE protégées en vertu de l'accord

Sources : Fiche d'information de la Commission européenne | Eurostat | Chambers & Partners

La suppression d’un droit de douane de 20 %. Pour un fabricant industriel allemand dont le chiffre d’affaires s’élève à 200 millions d’euros, cela ne se traduit pas par une amélioration de la marge. C’est la différence entre se voir excluer du marché brésilien et remporter le contrat. Pour un exportateur italien de produits alimentaires dont le chiffre d’affaires s’élève à 50 millions d’euros, cela transforme une pénalité de prix de 27 % sur le vin en un point d’entrée compétitif sur un marché de 260 millions de consommateurs.

La plupart des analyses consacrées à l'accord UE-Mercosur se concentrent sur ses implications pour Volkswagen, BASF et Siemens. Ces entreprises en tireront profit. Mais les entreprises qui ont le plus à y gagner sont les PME et les entreprises de taille intermédiaire européennes : fabricants industriels, producteurs de produits chimiques de spécialité, exportateurs agroalimentaires et sociétés de services d'ingénierie dont le chiffre d'affaires se situe entre 10 millions et 2 milliards d'euros. Pour ces entreprises, une réduction des droits de douane de 14 à 35 points de pourcentage ne se limite pas à améliorer leurs marges. Elle ouvre des marchés qui leur étaient auparavant inaccessibles.

Et l'iTA a été conçu spécialement pour elles. Plus de 30 000 PME européennes exportent déjà vers le Mercosur. L'accord comprend un chapitre dédié aux PME (une première dans tous les accords commerciaux du Mercosur) proposant des outils de conformité en ligne, une autocertification pour les règles d'origine et la désignation de coordinateurs chargés des petites entreprises. Cette infrastructure s'adresse aux entreprises qui ne disposent pas d'un service de conformité dans chaque pays, ce qui est le cas de la plupart d'entre elles.

Pourquoi les PME et les entreprises de taille intermédiaire en tirent davantage profit que les grandes capitalisations

De grandes multinationales européennes sont déjà présentes au sein du Mercosur. Volkswagen possède des usines au Brésil. BASF dispose de filiales régionales. Pour ces entreprises, l'iTA permet d'améliorer les marges sur leurs activités existantes, mais n'ouvre pas de perspectives fondamentalement nouvelles.

Les PME et les entreprises de taille intermédiaire se trouvent dans une situation fondamentalement différente. Elles disposent de la qualité des produits et de l'ambition commerciale nécessaires, mais le mur tarifaire les a tenues à l'écart. Un droit d'importation de 20 % sur les machines, de 18 % sur les produits chimiques et de 27 % sur le vin : pour une entreprise de 100 millions d'euros, il ne s'agit pas d'un problème de marge. Ce sont des barrières à l'accès au marché qui rendent tout projet d'exportation non viable.

L'accord iTA élimine ces obstacles. Mais il va plus loin que les précédents accords commerciaux de l'UE : il met en place l'infrastructure opérationnelle dont les petites entreprises ont besoin pour pouvoir réellement bénéficier des réductions tarifaires. Le chapitre dédié aux PME prévoit notamment l’autocertification des règles d’origine (les entreprises n’ont donc pas besoin d’un courtier en douane pour prouver l’éligibilité de leurs produits), des outils de conformité en ligne et la désignation de coordinateurs pour les petites entreprises tant au sein de l’UE que dans chaque pays du Mercosur. Ces dispositions existent précisément parce qu’une entreprise de 50 salariés ne peut pas s’y retrouver dans la réglementation brésilienne en matière d’importation comme le fait Siemens. L’iTA a été conçu pour combler ce fossé.

Cela vaut tout particulièrement pour les secteurs dans lesquels les PME et les entreprises de taille intermédiaire européennes disposent d'un avantage technologique ou qualitatif dont les marchés du Mercosur ont besoin, mais qu'ils ne pourraient pas se permettre d'acquérir à des prix gonflés par les droits de douane.

Les quatre secteurs

SECTEUR 1 : Machines industrielles, automatisation et services connexes

Réduction des droits de douane : Marchandises : de 14 à 20 % → 0 % (mise en œuvre progressive sur 10 à 15 ans) | Services : nouveau cadre d'accès au marché

Pourquoi les PME et les entreprises de taille intermédiaire l'emportent. Le secteur manufacturier brésilien se modernise rapidement. L'exploitation minière, l'agroalimentaire, l'assemblage automobile et l'emballage nécessitent tous des équipements de production de qualité européenne. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire allemandes, italiennes et autrichiennes spécialisées dans la fabrication de machines produisent précisément ces équipements, mais des droits de douane de 14 à 20 % les ont rendues non compétitives face aux alternatives chinoises. En 2024, la Chine à elle seule a fourni 31,4 % des importations de machines du Brésil, alors qu’elle était pratiquement inexistante il y a vingt ans. Les entreprises européennes ont perdu du terrain non pas parce que leurs produits sont de moins bonne qualité, mais parce que le calcul des droits de douane n’a pas fonctionné.

Quels changements ? En vertu de l'accord de libre-échange (iTA), les droits de douane sur les machines industrielles sont supprimés. Pour une PME ou une entreprise de taille intermédiaire du secteur manufacturier en concurrence avec un concurrent chinois, cette suppression des droits de douane peut faire la différence entre remporter ou perdre un contrat. L'accord ouvre également le marché brésilien des marchés publics fédéraux, évalué à 8 milliards d'euros, sur lequel les entreprises de l'UE peuvent désormais soumissionner pour la première fois à armes égales avec les entreprises locales.

Le multiplicateur de services. C'est là que réside le véritable avantage pour les entreprises de taille intermédiaire. Le chapitre de l'iTA consacré aux services établit un cadre juridique permettant aux entreprises européennes de détacher du personnel clé (cadres, spécialistes, jeunes diplômés en formation) dans leurs filiales du Mercosur, de faire appel à des prestataires de services sous contrat et à des professionnels indépendants, et d'établir une présence commerciale sans avoir à recourir à un partenaire local obligatoire. Les exportations de services de l'UE vers le Mercosur ont déjà atteint 29 milliards d'euros en 2023. Pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire du secteur industriel, les revenus tirés des services sur l’ensemble du cycle de vie d’un contrat (assistance à l’installation, formation des opérateurs, maintenance préventive, mises à jour logicielles) dépassent souvent la marge réalisée sur la vente initiale des équipements. Auparavant, les restrictions en matière de permis de travail et les obstacles liés aux licences professionnelles rendaient la prestation de ces services non rentable. L’iTA supprime bon nombre de ces obstacles, transformant ainsi un centre de coûts logistique en source de revenus.

Si vous êtes basé dans le Bade-Wurtemberg, en Bavière, en Émilie-Romagne, en Lombardie ou en Haute-Autriche, ce secteur est fait pour vous.

SECTEUR 2 : Produits chimiques de spécialité et produits pharmaceutiques

Réduction des droits de douane : de 14 à 18 % → 0 % (sur une période de 10 ans)

Pourquoi les PME et les entreprises de taille intermédiaire ont l'avantage. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire européennes du secteur chimique se spécialisent dans les produits en aval à forte valeur ajoutée : revêtements, adhésifs, catalyseurs, ingrédients cosmétiques, formulations phytosanitaires. Le droit de douane de 18 % actuellement appliqué par le Mercosur sur les produits chimiques rend ces produits nettement plus chers que les alternatives produites localement ou en Asie.

Quels changements ? La suppression des droits de douane uniformise les conditions de concurrence en matière de prix. Mais le véritable avantage pour les petites entreprises réside dans le renforcement des protections en matière de propriété intellectuelle prévu par l'accord et dans la reconnaissance des normes réglementaires de l'UE. Les entreprises européennes du secteur des produits chimiques de spécialité investissent massivement dans la R&D et la certification. L'iTA protège ces investissements sur un marché où l'application des droits de propriété intellectuelle a toujours été insuffisante.

Secteur pharmaceutique. Les PME et les entreprises pharmaceutiques de taille intermédiaire européennes qui produisent des génériques, des biosimilaires et des traitements spécialisés sont soumises à un droit de douane de 14 %, que les grands groupes pharmaceutiques peuvent absorber grâce à leur production locale. La réduction de ce droit rend pour la première fois commercialement viable l'exportation directe depuis les sites européens pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire.

Si vous êtes basé en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, dans le corridor de Lyon, en Belgique ou aux Pays-Bas, ce secteur est fait pour vous.

SECTEUR 3 : Composants automobiles et marché des pièces de rechange

Réduction des droits de douane : de 18 à 35 % → 0 % (mise en œuvre progressive sur 10 à 15 ans)

Pourquoi les PME et les entreprises de taille intermédiaire sortent gagnantes. Le taux de droit de douane nominal de 35 % sur les véhicules finis profite aux grands constructeurs automobiles. Mais c'est au niveau des composants que l'écosystème dans son ensemble en tire le plus grand bénéfice. Les équipementiers européens de deuxième et troisième rangs (systèmes de freinage, capteurs, éclairage, unités de commande électroniques) sont soumis à des droits de douane de 18 % sur les pièces détachées et pouvant atteindre 35 % sur les composants assemblés. Ces fournisseurs, qui sont pour la plupart des PME et des entreprises de taille intermédiaire, constituent l'épine dorsale de l'industrie automobile européenne.

Quelle évolution ! La suppression des droits de douane sur les composants permet aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire européennes de se positionner sur les marchés des usines d'assemblage brésiliennes et argentines, dont beaucoup produisent déjà des véhicules de marques européennes sous licence. L'accord prévoit également la reconnaissance mutuelle des normes techniques, allégeant ainsi les contraintes de certification qui, jusqu'à présent, empêchaient les petits fournisseurs d'accéder aux procédures d'homologation du Mercosur.

Le volet véhicules électriques. La transition du Mercosur vers la mobilité électrique s'accélère. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire européennes spécialisées dans les systèmes de gestion de batteries, l'électronique de puissance et les infrastructures de recharge sont bien placées pour accompagner cette transition, mais seulement si un accès en franchise de droits rend leurs produits compétitifs en termes de prix. L'iTA prévoit des délais de suppression progressive prolongés pour les droits de douane sur les véhicules électriques (de 18 à 25 ans pour certaines catégories), mais les composants hybrides et les pièces pour véhicules électriques conventionnels bénéficient de réductions plus rapides.

Si vous êtes implanté dans les chaînes d'approvisionnement de Stuttgart ou de Wolfsburg, en Catalogne, en République tchèque, en Roumanie ou dans le corridor de Turin, ce secteur est fait pour vous.

SECTEUR 4 : Produits agroalimentaires et boissons haut de gamme

Réduction des droits de douane : de 17 à 35 % → 0 % (pour la plupart des catégories)

Pourquoi les PME et les entreprises de taille intermédiaire sortent gagnantes. Les exportations agroalimentaires de l'UE vers le Mercosur devraient augmenter de près de 50 %. Les principaux bénéficiaires ne sont pas les grands groupes agroalimentaires multinationaux, mais les producteurs européens régionaux de vin, de spiritueux, de fromage, d'huile d'olive, de chocolat et de produits alimentaires transformés, dont la plupart sont des PME, des entreprises de taille intermédiaire ou des entreprises familiales.

Quels sont les changements ? Les droits de douane sur le vin baissent de 27 %, ceux sur les spiritueux de 20 à 35 %, ceux sur le chocolat de 20 % et ceux sur l'huile d'olive de 10 %. Mais la disposition qui change véritablement la donne est la protection de 344 indications géographiques de l'UE. Des produits tels que le Parmigiano Reggiano, le Comité, le Prosciutto di Parma et la Polska Wódka bénéficieront pour la première fois d’une protection juridique contre les imitations au sein du Mercosur. Il s’agit là d’un avantage structurel pour les PME et les producteurs de taille intermédiaire européens dont toute la valeur de marque repose sur l’authenticité régionale.

Évaluation du marché. Le marché brésilien des produits alimentaires et des boissons haut de gamme connaît une croissance rapide, portée par l'expansion de la classe moyenne. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire européennes qui commercialisent des produits artisanaux ou bénéficiant d'une indication géographique ont été écartées du marché en raison de droits de douane qui rendaient les importations haut de gamme inabordables pour la plupart des consommateurs brésiliens. L'iTA vient bouleverser cette équation tarifaire.

Si vous produisez en Bourgogne, à Bordeaux, en Champagne, en Émilie-Romagne, en Toscane, en Vénétie, dans la Rioja, en Andalousie ou dans l'Alentejo, ce secteur est fait pour vous. Il en va de même pour les distillateurs de whisky irlandais, les producteurs de vodka polonais et les confiseurs allemands.

L'avantage en termes de timing pour les PME et les entreprises de taille intermédiaire

Les réductions tarifaires prévues par l'accord de libre-échange (iTA) s'étaleront sur une période de 10 à 15 ans, de nombreux produits industriels bénéficiant d'un droit de douane nul dès les premières années de l'application provisoire. Les PME et les entreprises de taille intermédiaire qui entament dès maintenant la validation de leurs produits sur le marché seront bien placées pour tirer parti de l'avantage du précurseur à mesure que les droits de douane diminueront.

La dynamique politique est forte. Vingt-et-un des vingt-sept États membres de l'UE ont voté en faveur de cet accord. La Commission européenne estime que les entreprises de l'UE réaliseront plus de 4 milliards d'euros d'économies tarifaires par an. Le chancelier Merz a publiquement appelé à une application provisoire.

Mais les PME et les entreprises de taille intermédiaire qui parviendront réellement à tirer parti de cette opportunité sont celles qui commenceront à s’y préparer dès 2026 : en déterminant quel marché du Mercosur correspond à leur produit, en identifiant des partenaires de distribution locaux, en se familiarisant avec la structure des entités et les implications fiscales (notamment la réforme fiscale CBS/IBS en cours au Brésil), et en nouant les relations commerciales qui feront la différence entre une entrée sur le marché réussie et un échec.

Nous avons déjà observé ce schéma par le passé. Lorsque l'AECG est entré en application provisoire en 2017, les entreprises européennes de taille intermédiaire qui avaient déjà validé leur présence sur le marché canadien ont noué des relations avec des distributeurs et décroché leurs premiers contrats en l'espace de quelques mois. Celles qui ont attendu la ratification définitive ont entamé leur processus deux ans plus tard, se retrouvant en concurrence pour les mêmes partenaires avec des entreprises qui étaient déjà présentes sur le marché. Le calendrier du Mercosur offre la même opportunité, mais comporte le même risque de la laisser passer.

Les entreprises qui attendent d'avoir une certitude juridique totale entameront ce processus alors que leurs concurrents auront déjà trouvé des partenaires, appris à connaître le marché et noué les relations qui font le succès commercial en Amérique latine.

QUEL MARCHÉ DU MERCOSUR SERA LE PREMIER À BOUGER POUR VOTRE SECTEUR ?

La réponse dépend de ce que vous vendez. Les fabricants de machines s’intéressent au corridor industriel de São Paulo. Les exportateurs agroalimentaires doivent se familiariser avec le régime brésilien de protection des indications géographiques avant d’investir dans la distribution. Les fournisseurs de composants automobiles doivent savoir quelles usines d’assemblage s’approvisionnent déjà auprès de concurrents européens. Le point d’entrée idéal varie selon les secteurs.

ALTIOS réalise des études de marché dans toute l'Amérique latine grâce à des équipes sur le terrain et à des réseaux de partenaires bien établis. Nous sommes spécialisés dans l'entrée sur le marché des PME et des entreprises de taille intermédiaire : identification de distributeurs, mise en place de structures juridiques, gestion de la conformité et sélection de partenaires. C'est notre métier.

Indiquez-nous votre secteur d'activité et votre marché cible. Nos équipes en Amérique latine vous expliqueront ce que le calendrier iTA implique pour votre catégorie de produits spécifique. Cette conversation commence sur altios.com.

 

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