Pourriez-vous nous présenter en quelques mots l'AWEX et ses principales activités ?
L'AWEX – l'Agence wallonne pour l'exportation et l'investissement – est l'organisme public chargé du commerce extérieur et de l'attraction des investissements directs étrangers (IDE) pour la Région wallonne en Belgique. Notre double mission est clairement définie dans notre feuille de route stratégique 2026-2029 : stimuler et soutenir l'internationalisation des entreprises wallonnes, et attirer et ancrer des investisseurs étrangers qui créent de la valeur durable en Wallonie.
Notre vision est d’agir comme catalyseur de la croissance internationale de la Wallonie, au service d’une région plus compétitive, innovante, attractive et reconnue à l’échelle mondiale. Nous agissons avec un impact et une efficacité élevés en tirant parti de l’ensemble de l’écosystème économique et scientifique wallon.
Concrètement, nous intervenons depuis notre siège à Bruxelles, via des centres régionaux implantés dans chaque province wallonne et, surtout, grâce à un réseau international de conseillers en commerce et en investissement couvrant une centaine de marchés prioritaires. Ce vaste réseau nous permet d’offrir à chaque entreprise un accompagnement sur mesure : veille économique, prospection, mises en relation privilégiées, salons professionnels et missions économiques, ainsi qu’un soutien en matière d’investissements et de partenariats technologiques.
Pour les investisseurs étrangers, nos équipes prennent en charge l'ensemble du processus : identification de biens immobiliers industriels et commerciaux, mise en relation avec notre écosystème de R&D et nos pôles de compétitivité, mobilisation des aides financières, accompagnement administratif (autorisations, visas, fiscalité) et suivi post-investissement – le tout entièrement gratuit.
Quelles ont été les principales étapes du développement international de l'AWEX ?
L'AWEX, telle que nous la connaissons aujourd'hui, est née en 2004 de la fusion de l'Agence wallonne à l'exportation et de l'Office des investisseurs étrangers (OFI). Ce regroupement nous a permis de proposer un guichet unique « export + investissement » qui répond parfaitement aux besoins réels des entreprises.
Une nouvelle étape importante a été franchie en 2024 avec une intégration opérationnelle plus poussée de nos branches « export » et « investissement ». Cette évolution s'est accompagnée d'une profonde transformation interne : mise en place de pôles sectoriels, intensification de nos efforts de prospection en matière d'investissements directs étrangers (IDE), refonte de notre réseau international et professionnalisation d'une véritable culture axée sur la performance (indicateurs clés de performance, comités d'évaluation).
Le Sommet de l’internationalisation de la Wallonie a jeté les bases d’une feuille de route stratégique pour la période 2026-2029, qui définit nos objectifs généraux. Cette feuille de route s'appuie sur des indicateurs d'impact ambitieux : une croissance des exportations wallonnes supérieure à la moyenne de nos trois pays voisins sur trois ans, un taux de conversion annuel de 50 % des opportunités d'investissement, une croissance annuelle de 5 % à 10 % des emplois créés et des capitaux investis, ainsi qu'une amélioration du classement de la Wallonie dans les indices mondiaux de référence (fDi Intelligence / Financial Times, European Cities and Regions of the Future).
Quelles sont success stories internationales d'entreprises qui vous success stories le plus fier(e) et pourquoi ?
Le projet phare que je me dois de mentionner est celui d’Alibaba / Cainiao à l’aéroport de Liège, annoncé en décembre 2018. Le géant chinois a choisi Liège comme principale plaque tournante logistique européenne, avec un investissement initial de 75 millions d’euros, une enveloppe totale pouvant atteindre 300 millions d’euros, un bail de 2,3 millions de pieds carrés (220 000 m²) sur le site de l’aéroport, ainsi que la création d’environ 900 emplois directs et de plus de 2 000 emplois indirects. L’aéroport de Liège est désormais en passe de figurer parmi les trois premiers hubs de fret européens : il est déjà la plaque tournante de référence pour l’OMS, le PAM, l’UNICEF, l’USAID et de nombreuses ONG, tandis que de grands laboratoires pharmaceutiques (J&J, GSK, Baxter) l’utilisent pour leur logistique pharmaceutique.
Ce qui m’a le plus marqué dans cette opération, c’est la mobilisation collective : l’AWEX, l’aéroport de Liège, la Région wallonne, les autorités fédérales, les pôles d’innovation et les acteurs privés ont travaillé main dans la main dans le cadre plus large de l’initiative eWTP (Electronic World Trade Platform), faisant ainsi de la Belgique le premier pays européen à y adhérer. Au-delà de l’ampleur même du projet, cela illustre ce que l’AWEX sait faire de mieux : transformer une opportunité en un impact durable pour la région.
Quels sont les services et l'accompagnement les plus demandés par les entreprises internationales qui envisagent de réaliser un investissement direct sur le marché belge ?
Avant tout, les investisseurs internationaux recherchent un accompagnement « de bout en bout », à la fois gratuit et confidentiel, conçu pour réduire les risques liés à leur prise de décision et accélérer leur mise sur le marché. Les demandes les plus fréquentes concernent :
Veille économique : analyse des marchés belge et européen, et recensement des concurrents, des fournisseurs, des clients, des centres de R&D et des talents disponibles en Wallonie.
Développement commercial : mise en relation avec notre réseau de clients et de partenaires stratégiques, participation à des événements professionnels et accompagnement à la croissance dans un pays européen stable et bénéficiant d'une situation géographique centrale.
Choix du site : terrains industriels, installations existantes, parcs scientifiques, centres de données et laboratoires. Aujourd’hui, la Wallonie compte plus de 450 parcs d’activités et plus de 30 000 acres (12 000 hectares) de terrains exploitables.
Accès à l'écosystème : des universités de renommée mondiale, des centres de recherche agréés et des pôles d'activité compétitifs (BioWin, MecaTech, Skywin, Logistics in Wallonia, Wagralim, GreenWin). Nous comptons 2 300 entreprises dans le secteur des biotechnologies et de l'industrie pharmaceutique, 14 000 dans la logistique, 200 dans l'aérospatiale, 5 500 dans la chimie et l'industrie manufacturière, et près de 9 000 dans l'industrie agroalimentaire.
Incitations financières : subventions d'investissement (CAPEX) et d'embauche, régime fiscal très compétitif en matière de propriété intellectuelle (PI), exonérations partielles des charges sociales pour les chercheurs et accès aux financements européens.
« Soft Landing » : visas et permis de travail, aide à la réinstallation de la famille, écoles internationales, ainsi que services bancaires et juridiques.
Notre principale valeur ajoutée consiste à offrir à l'investisseur une implantation stratégique au carrefour des grandes capitales européennes (Londres, Paris, Berlin, Amsterdam) – toutes accessibles en moins de trois heures – avec un accès direct aux deux principaux ports européens (Rotterdam, Anvers) et à quatre des dix plus grands aéroports européens, situés à moins d'une heure de route.
Quels sont les principaux défis auxquels les entreprises internationales doivent se préparer avant de s'implanter en Belgique, et comment les aidez-vous à les surmonter ?
Pour être tout à fait franc, la Belgique est un pays à forte valeur ajoutée, mais qui présente des particularités qu'il convient d'anticiper :
Une culture d'entreprise fondée sur le consensus et à plusieurs niveaux : entre l'État fédéral, les régions, les collectivités, les provinces et les communes, la situation peut s'avérer complexe. L'AWEX joue le rôle de « navigateur » institutionnel pour orienter les investisseurs vers le bon interlocuteur au bon moment.
Une réelle complexité administrative : permis environnementaux, réglementations d'urbanisme et fiscalité. Pour y remédier, notre feuille de route prévoit une procédure « accélérée » pilotée par un comité d'affaires restreint (AWEX, Wallonie Entreprendre, ministères régionaux) et des groupes de travail interinstitutionnels « Invest » réunissant les communes locales et les agences pour l'emploi (comme le Forem).
La disponibilité de grands terrains industriels : il s'agit d'un marché tendu, comme partout ailleurs en Europe. Nos chargés de clientèle mènent une démarche proactive auprès d'entreprises déjà implantées afin d'identifier les freins à l'investissement et d'en rendre compte deux fois par an au conseil d'administration et au ministre de tutelle.
Coûts salariaux et charges sociales : il faut savoir tirer parti des compensations structurelles (aides à la R&D, subventions à l'emploi, exonérations fiscales ciblées), qui transforment radicalement l'équation économique.
Le multilinguisme et les dynamiques interculturelles : c'est un atout considérable, à condition d'avoir été correctement briefé au préalable.
Notre valeur ajoutée réside précisément dans notre capacité à transformer ces frictions potentielles en moteurs de progression : grâce à l'anticipation, à la médiation, à la mobilisation des partenaires publics et privés appropriés, ainsi qu'au déploiement progressif d'outils d'IA dans la gestion de notre portefeuille d'investissements.
Si vous aviez trois conseils à donner à une entreprise souhaitant s'implanter en Belgique, quels seraient-ils ?
Premier conseil : pensez à long terme. La Wallonie n’est pas la destination la plus compétitive en termes de coûts fixes à court terme. Sa proposition de valeur repose sur la stabilité politique et sociale, un écosystème d’innovation de classe mondiale et une main-d’œuvre hautement qualifiée et multilingue : plus de 40 % de nos jeunes diplômés sont issus des filières STEM, 46 % de nos ingénieurs sont des femmes, et la Belgique figure parmi les cinq pays les plus productifs de l’OCDE et dans le top 5 du tableau de bord de l’innovation de l’UE.
Deuxième conseil : intégrez-vous dès le début à l’écosystème. En Belgique, tout repose sur les réseaux. En vous intégrant dès vos premiers mois à un pôle d’innovation, à une université ou à un cluster industriel, vous réduirez de deux à trois ans la courbe d’apprentissage habituelle. Il est intéressant de noter que plus d’un brevet est déposé chaque heure en Belgique.
Troisième conseil : confiez dès le départ les questions réglementaires, immobilières et fiscales à des spécialistes. Les aides dont nous disposons comptent parmi les meilleures d’Europe, mais elles ne déploient pleinement leur potentiel que si un projet est correctement structuré dès le départ – ce dont se chargent gratuitement nos équipes de l’AWEX, en étroite collaboration avec les conseillers juridiques et financiers de l’investisseur.
À votre avis, de quelle manière un partenaire tel qu'Altios pourrait-il soutenir davantage votre équipe et vos activités à l'international ?
Notre feuille de route 2026-2029 prévoit explicitement de structurer et de professionnaliser nos opérations en matière d'investissements directs étrangers (IDE), dans le but de réduire de 75 % les coûts de conseil externes d'ici 2029, en internalisant les compétences en matière de prospection d'IDE au sein de l'ensemble de notre réseau. Dans ce cadre, j'envisage trois axes de coopération très concrets avec Altios :
Transformer les prospects en prospects qualifiés : tirer parti de la connaissance approfondie du secteur et de la couverture géographique d’Altios (sur 25 marchés) pour identifier et présélectionner les entreprises qui sont véritablement en phase de développement international, avant qu’elles ne soient débauchées par des destinations européennes concurrentes.
Attirer ces prospects en Wallonie : co-créer des « circuits de découverte » thématiques (sciences de la vie, défense, aérospatiale, technologies vertes, logistique, agroalimentaire) afin de soutenir l’objectif de 100 visites d’Account Managers par an défini dans notre feuille de route.
Renforcer l'efficacité de nos prospecteurs sur le terrain : partager des méthodologies, des outils et des données, et planifier des initiatives conjointes sur les marchés cibles où Altios et l'AWEX partagent des intérêts communs. Cela s'inscrit parfaitement dans notre objectif visant à ce que 70 % des projets d'investissement relèvent des secteurs prioritaires de notre région.
En résumé, un partenariat entre Altios et l'AWEX peut constituer un véritable multiplicateur de forces : davantage de prospects qualifiés, davantage de visites sur le terrain et, au final, davantage de décisions d'investissement définitives en Wallonie. C'est exactement le type de coopération que nous souhaitons développer à l'horizon 2026-2029.
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